Poète, chantre de la négritude, révolté, anticolonialiste, fier de sa Martinique natale (fondateur de la revue Tropiques en 1939)... Aimé Césaire était tout cela à la fois.
Son écriture puissante a marqué la littérature et son engagement personnel les Antilles autant que l'Afrique.
De multiples hommages lui seront rendus. Le seul qui vaille est de le relire :
« Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ». Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »
Extrait de Cahier d'un retour au pays natal (1936)
Ou d'entendre sa voix qui demeure :

5 commentaires:
Bon, je dois être mauvais : je n'ai rien compris. maas ça doit être bien vu ce qu'on en dit..
A votre façon,vous posez cette
question difficile: "la poésie est-elle compréhensible ?".
Ce reproche de difficulté a été fait à bien d'autres qu'à Aimé
Césaire, le "champion" étant bien sûr Mallarmé.
Le fait est que le poète utilise des mots et des formes de langage inhabituels ou détournés de leurs usages pour renforcer le sens qu'il veut donner à ses phrases et parce qu'il faut sortir des habitudes pour livrer son message
Dans le cas présent, Aimé Césaire dans ce poème évoque son retour aux Antilles après un passage à Paris pour ses études. Il est donc jeune étudiant( "j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien") et plein de grandes idées et d'envies (" Mon coeur bruissait de générosités emphatiques").
Il sait ce qui l'attend et prévient en quelque sorte les critiques de ses compatriotes
de Martinique, une île malade et pauvre qu'il a quittée, ce qu'on pourrait lui reprocher ("je
reviens vers la hideur désertée de vos plaies").
D'autant que le poète n'a pour armes que ses mots et que son
combat pour la justice passe uniquement par la poésie. Mais il se fait le relai des opprimés, de ceux qui sont emprisonnés et n'ont plus le courage de parler ("Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir").
Il s'agit là d'un poème engagé et le poète promet de ne pas "rester les bras croisés" mais d'agir : "gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium (scène de théâtre), car
un homme qui crie n'est pas un ours qui danse...".
L'attachement d'Aimé Césaire à la Martinique est par ailleurs clairement indiquée puisqu'il évoque "ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair". A ce titre il a pleinement sa place sur ce blog. Outre le fait que son appel à la dignité de l'homme nous concerne tous : "un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »
merci pour le poème en musique !
Clopine
C'était un grand intellectuel. Y a t il quelqu'un pour prendre la relève ?
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